Appel à communs

Appel à communs

L’application de la règle des marchés est basée sur la mise en concurrence des acteurs d’un territoire alors que celui-ci à tout à gagner à leur permettre de travailler en collaboration là où cela est possible. Cela permet notamment de préserver les ressources engagées dans l’élaboration des actions : celles des acteurs qui se cumulent et celle du donneur d’ordre qui n’opère plus une sélection, mais une coordination des propositions.

Un appel à communs vise à produire des communs utiles pour un écosystème d’acteurs.

Description

On considère ici “le commun” comme un produit ou service, une communauté qui va le développer, le maintenir et le faire croitre, et des règles pour le gérer (voire construire des communs). Il s’agit d’accélérer la production de ressources stratégiques pour l’écosystème. Les communs permettent de réduire le besoin de ressources d’une entreprise, de créer des standards, de servir de liens avec les universités, de renforcer les liens entre les acteurs.

L’utilité sociale et publique des “communs” se traduit donc, d’une part, par le développement d’une activité économique revisitée par le principe du commun et l’intérêt du territoire d’accompagner cette transition.
Par ailleurs, cette utilité sociale s’incarnera par l’engagement des acteurs dans des domaines d’action liés à la réalisation des droits fondamentaux de leur communauté.

Expériences / Cas d’usage

La Fabrique des mobilités

La Fabrique des Mobilités est un accélérateur européen dédié au secteur du transport et des mobilités, impulsé en 2015 et soutenu par l’ADEME.

La FabMob accompagne les acteurs de la mobilité par la création de communs numériques comme alternatives crédibles aux plateformes monopolistiques. Elle relie les acteurs de la mobilité afin de construire des ressources communes, que ce soit des plateformes technologiques, des données ouvertes, des logiciels libres, des connaissances, des retours d’expériences, des protocoles, des territoires d’expérimentation, etc. qu’elle nomme des communs.
Pour ce faire, elle propose aux candidats des défis qui les amènent à constituer des partenariats et des modalités d’actions pour utiliser au mieux les ressources : projets, livrables, communautés autour des livrables Open Source.
Les candidats présentent aussi la gouvernance de la solution, les règles associées au commun, l’implication des citoyens et l’animation de la communauté qui va gérer les livrables open source, les faire croitre et se développer. Les candidats décrivent également les ressources qui leur manquent pour pouvoir commencer ou passer à l’étape suivante.

Conditions de mise en œuvre ou de développement

Fabrique des Mobilités

Identifier les acteurs de la communauté et les impliquer

Il est proposé à tous les acteurs des mobilités de venir d’abord étudier les ressources proposées pour apporter leurs soutiens sous toutes les formes : contributions en compétences, en moyens techniques ou financiers. Une fois le projet complètement décrit en terme de livrables produits, de licence ouverte utilisée, de communautés et de coût, des co-financements sont étudiés.
Pour produire des ressources en commun avec les acteurs de la mobilité, il a été nécessaire de mettre en place une méthode et des outils bien spécifiques.
L’enjeu est de faire émerger des ressources utiles, mutualisables et non concurrentielles et de permettre aux acteurs de se coordonner pour rejoindre les ressources qu’ils jugent intéressantes.
Pour identifier les acteurs de la communauté et les impliquer dans la démarche a été mis en place :

  • un espace d’échange fixe et régulier en présentiel où les acteurs s’engagent à participer pour objectif de travailler collectivement sur les ressources à produire.
  • un espace d’échange en ligne pour échanger facilement de manière synchrone à travers un outil de discussion de type “chat”, un espace d’échange de type questions/réponses plus construits ainsi qu’un moyen de faire des annonces ou des rappels et un espace pour capitaliser la connaissance au fil de l’eau et compléter des documents de type mediawiki associé aux outils de travail collaboratif ainsi qu’un système d’audioconférence pour permettre de se parler régulièrement.

Identifier les briques à mutualiser

Et demander à chaque partenaire de se positionner sur les ressources qu’il produit ou souhaiterait produire afin de créer des groupes de travail sur un commun à développer.

S’organiser pour cofinancer les briques

Chaque commun ayant décrit son projet et son besoin financier fait une demande sur un outil dédié à la prise de décision collective qui permet de faire les choix de dépenses à engager. Cela se fait grâce à l’outil cobudget.co, où chacun peut voter avec un budget qui lui est attribué sur les communs de son choix.

Enjeux, leçons apprises de l’expérience

La Fabrique des mobilités

En réunissant les acteurs lors d’une première rencontre, plusieurs entreprises se sont positionnées sur certaines des ressources proposées. Au fur et à mesure des mois, certains communs avaient identifié jusqu’à une dizaine d’organisations intéressées. Dans ce cas, il y a un véritable changement de paradigme dans le sens où les acteurs identifiés comme “concurrents” sur le marché sont invités à se rencontrer et à échanger sur leurs besoins pour voir comment mutualiser les efforts et les moyens afin de créer des outils communs.

Améliorations possibles

  • Structurer les communautés de commoners pour être en mesure de bénéficier des soutiens financiers de l’acteur public et des autres mécanismes dont les projets propriétaires sont déjà bénéficiaires. Cette structuration permettrait de faciliter un positionnement de l’institution publique en faveur de la production de communs, et amènerait un usage des dépenses publiques plus riche pour l’écosystème.

  • Réussir à amener les entreprises à cofinancer les communs. L’acte d’engager un financement est difficile tant que les autres ne s’engagent pas aussi. La méthode testée avec l’outil cobudget devrait aider à ce passage à l’acte, au sens où chacun voit l’engagement de l’autre mais garde son engagement financier comme un droit de vote.

  • Pour chaque défi, il y a besoin d’une personne ressource connaissant bien le domaine en question et les communs. Cette personne doit être assez neutre pour faire le lien entre tous les acteurs de cet écosystème afin de répondre aux questions des entrepreneurs et faciliter le passage à l’action d’une dynamique de mise en commun. Cet acteur est clé, il doit aussi avoir une compétence d’animation.

Risque de participer à ces appels à communs pour des acteurs en concurrence

Il pourrait être envisageable de fusionner les activités si le champ d’actions et les objectifs sont identiques entre deux entreprises. Mais dans le cas où il y a des similitudes fortes, les acteurs sont plutôt invités à mettre en avant leurs spécificités pour travailler sur leur complémentarité en se basant sur des ressources communes.
En reprenant cette idée que plus les acteurs travaillent ensemble, plus ils peuvent affiner leur spécificité.

Proposition d’évolution

La sélection des startups accompagnées par la Fabrique évolue vers un processus inverse dans lequel ce sont les startups les plus impliquées dans les communs qui vont recevoir un accompagnement dédié pour leur permettre d’être encore plus efficaces et engagées. La sélection serait alors réalisée a posteriori et non a priori. Cette approche permet également d’ouvrir tout le dispositif (infrastructure numérique et rencontres physiques) à toutes les startups. A priori, cette sélection des startups à accompagner est perfectible et restera délicate au regard des communs quel que soit le processus. C’est un point de vigilance.

Ressources

Fiche réalisée par

  • Florian Rony
  • Benjamin Chow-Petit

Publiée le